Scène 16

Chef ouvre subitement les yeux et inspire profondément le peu d’oxygène encore présent dans le sarcophage. Un déclic attire son attention vers sa droite. La porte du caisson s’ouvre enfin. Chef retire avec fébrilité son masque à oxygène et se met à respirer l’air du vaisseau. Un clignotement rouge diffusé dans l’ensemble de la salle, rappelle l’urgence de la situation. Encore sous le choc du réveil, Chef éprouve des difficultés à retrouver l’intégralité de ses sens. Persuadé d’être victime d’un acouphène persistant , chef finit par comprendre qu’il s’agit en réalité d’une alarme résonnant à travers le vaisseau. Il détache son harnais de sécurité et agrippe fermement les bords de son caisson. Il sort aussitôt du sarcophage mais ne réalise que trop tard l’absence de gravité et dérive rapidement jusqu’à se heurter brutalement contre une paroi. En dépit des stimulations musculaires programmées durant la mise en soma, ses membres, longtemps privés de réels exercices physiques, ne répondent plus assez efficacement.

CHEF (A lui-même) : Allez !! Réagis ! Réagis ! Allez magne-toi !

 

Il secoue énergiquement sa tête afin de reprendre ses esprits et se concentre sur son environnement. Sa vue est encore trouble mais il parvient à discerner un élément qui l’interpelle. Il s’en approche et découvre un petit panneau accroché au mur par un système de fortune. Un simple message manuscrit y est présenté : « Par là !! → ».  La flèche pointant la porte de sortie. Malgré sa confusion, Chef se souvient tout à coup des autres membres de l’équipage.

CHEF : Faut les réveiller !… Faut que je les réveille !

Il se laisse dériver en direction des sarcophages et observe le même message collé sur chacun d’entre eux : « Pas maintenant ! Pas le temps ! Après l’atterrissage ! Bouge toi ! »

Conscient désormais qu’il devra gérer la situation seul, Chef s’élance en direction de l’issue, ce qui en active automatiquement l’ouverture. Il accède à un long couloir sombre, alternativement teinté de rouge par l’alarme, et décide de s’y engager sans perdre de temps.

Il dérive jusqu’à un croisement où un second panneau manuscrit lui indique la direction à suivre. Il traverse un autre couloir jusqu’à ce qu’un sas se déverrouille automatiquement à son approche. Il atteint un passage pourvu d’un escalier qui mène à une passerelle. Là il découvre enfin le poste de pilotage. Il s’assoit rapidement sur l’un des deux sièges et y sécurise sa position grâce au harnais. Mais face au large hublot, Chef n’observe aucune Terre, ni aucune planète. Seulement un espace sombre, rempli d’étoiles. Perdu face aux commandes, Chef sent la colère et la peur prendre le dessus.

CHEF (Se tapant sur le front) : Allez rappelle-toi !! Rappelle-toi merde!!

Désespéré, il tente de décrypter le rôle de chaque bouton, levier ou diode clignotante du poste de pilotage. Mais rien ne refait surface et sa mission semble sur le point d’échouer. Il ne sait plus piloter le vaisseau. Pourtant, il ne se laisse pas découragé et se focalise sur un petit écran circulaire représentant la position actuelle du vaisseau sur un axe d’alignement totalement dévié. Il saisit le levier directionnel placé juste en dessous et cherche à rééquilibrer l’axe à nouveau. Il active ainsi plusieurs retro-propulseurs à l’extérieur et fait tourner le vaisseau sur lui même pour lui faire retrouver sa position initiale. Chef voit les étoiles bouger peu à peu au grès des commandes du levier qu’il manœuvre. Il procède ainsi jusqu’à ce que, tout à coup, la Terre apparaisse dans un halo bleuté, identique au croissant planétaire de la simulation. Ses yeux s’illumine à cette vision. Ses souvenirs refont immédiatement surface. Sa mémoire lui déverse aléatoirement un flot de moments relatifs à son existence. Il se souvient de tout. De l’accident impliquant Lockwood, de la pluie dans le jardin avec Maya, de l’instant précis où lui et ses coéquipiers ont planifié ce même plan de sauvetage, de son périple dans la simulation. Parcourant ces épisodes au hasard, il s’attarde particulièrement sur une scène où il plaisante avec Ravijsh alors qu’ils exécutent ensemble des manœuvres sur le poste de pilotage. Il revoit chaque détail, chaque geste et les assimile à nouveau, comme s’ils n’avaient jamais quitté son esprit. Dans un automatisme total, Chef exécute chaque commande sur son poste et parvient à faire redémarrer le vaisseau. Il actionne la radio pour contacter la Terre et annoncer son retour imminent sur celle-ci.

CHEF : Ici l’ I.S.S.E Hypérion! Vous me recevez ?!! …Je répète, ici l’ I.S.S.E Hypérion… Merde y a quelqu’un ?!! …Ok ! Écoutez ! Je sais pas si quelqu’un m’entend mais j’ai pas le temps de vous expliquer ! Nous sommes sur le point d’amorcer l’entrée dans l’atmosphère ! On n’a presque plus d’oxygène, presque plus d’énergie… Et merde ! Ne nous tirez pas dessus c’est tout !!

L’Hypérion amorce enfin sa rentrée dans l’atmosphère tandis que chef concentre toute son attention sur le panneau d’affichage. Le bâtiment entier traduit de violentes secousses mais le pilote reste concentré sur les données stables de l’appareil. L’espace sombre fait place à une lueur aux nuances matinales à travers le large hublot. Chef ne peut s’empêcher de quitter un instant les yeux des écrans de contrôle pour contempler cette lumière idyllique, un sourire rêveur au coin des lèvres.

CHEF ( Euphorique ) : On est de retour les enfants !!! On est de retour !!

 

Une petite diode orangée vient pourtant troubler subitement cette joie brièvement exprimée. Chef inspecte les données affichées sur l’écran et constate qu’une erreur de géolocalisation empêche le vaisseau de procéder à l’atterrissage. Il relance la commande en forçant la rentrée manuelle des données géographiques, mais celle-ci lui est refusée. A cela s’ajoute l’allumage d’une diode Rouge cette fois-ci.

CHEF : Non , non, non !… Pas maintenant !…

Le vaisseau poursuit sa descente et pénètre dans une épaisse couche nuageuse sans que Chef ait reprit le contrôle. Les données affichées sur les écrans s’emballent aussitôt et rendent le pilote totalement aveugle sur ce qui se passe. Son regard furtif à travers le hublot ne l’aide guère davantage. Les nuages sont trop épais pour y déceler quoique ce soit. Les violentes turbulences cessent à la seconde même où le nez du vaisseau sort de la couche brumeuse. Mais chef ne parvient pas à voir ce qui se profile à travers le vitrage. Du moins, il ne perçoit qu’une couleur, sans nuance, ni relief. Un blanc immaculé. Les diodes orange et rouge s’éteignent. Chef scrute rapidement l’écran et lance aussitôt la commande pour procéder à l’atterrissage. Les rétro-propulseurs s’actionnent et permettent au vaisseau de freiner sa chute mais sa vitesse est trop importante et Chef ne parvient pas à maîtriser l’atterrissage. Un grand choc stoppe net le pilote qui perd immédiatement connaissance.

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